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03.05.2026

CSRD : qui doit rendre compte ?

7 min de lecture

Depuis le 18 mars 2026, la directive omnibus de modification (2026/470) est en vigueur – et elle a redessiné en profondeur le paysage CSRD pour les PME. Environ 80 % des entreprises initialement soumises sont désormais exclues. Qui reste, quels délais s’appliquent et pourquoi le sujet n’est pas résolu pour les autres : un aperçu sobre.

Les points clés en bref

  • Nouveau seuil : Ne sont plus tenues de rendre compte que les entreprises de plus de 1 000 salariés ET de plus de 450 Mio EUR de chiffre d’affaires. Les deux critères doivent être remplis simultanément.
  • 50 000 passent à 5 000 : La Commission européenne estime qu’environ 5 000 entreprises resteront directement soumises dans l’UE – contre 50 000 initialement prévues.
  • Date de démarrage reportée : Les entreprises concernées ne devront rendre compte qu’à partir de l’exercice 2027. Les États membres disposent jusqu’en mars 2027 pour mettre en œuvre la mesure.
  • VSME comme pont : Pour les allégés, le standard volontaire VSME – structure modulaire, conforme à l’UE, destiné à la pression de la chaîne d’approvisionnement du secteur B2B.

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Ce qui s’est passé le 18 mars 2026 – et ce qui ne s’est pas passé

La directive 2026/470 a été publiée au Journal officiel de l’UE le 26 février 2026 et est entrée en vigueur vingt jours plus tard. Cela semble technique. Ce que cela signifie : l’architecture CSRD initiale, qui devait couvrir en vagues les grandes entreprises à partir de 2024 et le plus large segment des PME à partir de 2026, a été réduite a posteriori à un objectif nettement plus restreint.

Ce n’est pas un retour complet. La CSRD demeure, les normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards) restent le cadre de référence. Ce qui a changé, c’est le seuil. Et il a augmenté de façon significative.

Ce que la directive de modification n’implique pas : un refus généralisé du reporting de durabilité. Qui le croit risque de devoir repartir de zéro dans deux ans – cette fois sous la pression du temps, parce que les clients et les banques le demandent, et non parce que l’autorité l’exige.

Le nouveau seuil : 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires

Le changement décisif réside dans le principe de cumul. Les deux critères doivent être remplis simultanément – plus de 1 000 salariés et plus de 450 Mio EUR de chiffre d’affaires annuel. Celui qui ne satisfait qu’un seul de ces critères n’est pas soumis à l’obligation directe.

Initialement soumis
~50.000
Entreprises dans l’UE sous l’ancienne architecture CSRD
Restant après l’omnibus
~5.000
Entreprises directement soumises dans l’UE à partir de l’exercice 2027

Source : Commission européenne, directive 2026/470

En Allemagne, cela signifie : une entreprise manufacturière comptant 800 salariés et 600 Mio EUR de chiffre d’affaires est exclue. De même, un prestataire de services avec 1 500 salariés mais seulement 200 Mio EUR de chiffre d’affaires est exclu. L’obligation de reporting reste réservée à ceux qui dépassent les deux seuils.

Pour les PME cotées (Small and Midcaps), un régime particulier s’applique. Elles ne relèvent pas de l’obligation générale de la CSRD, mais peuvent subir une pression indirecte suite à des demandes d’acheteurs ou d’investisseurs – c’est précisément là que la norme VSME intervient.

Ce que la simplification des ESRS signifie concrètement

Parallèlement à l’augmentation du seuil, la Commission européenne a révisé les normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards). Le nombre de points de données obligatoires doit diminuer nettement. Cela concerne les ~5 000 entreprises restantes – mais aussi toutes celles qui rapportent volontairement ou doivent fournir des données sur la chaîne d’approvisionnement.

Concrètement : la version initiale des ESRS comportait plus de 1 000 points de données. Le projet révisé, attendu à l’été 2026 sous forme d’acte délégué, doit réduire considérablement ce nombre. Cela diminue la charge informatique et les processus pour les premiers rapporteurs – et rend les rapports conformes aux ESRS plus réalistes, même sans département dédié à la durabilité.

Ce qui ne change pas : les exigences de qualité. Qui rapporte conformément aux ESRS doit fournir des données vérifiables. « Nous avons une stratégie de durabilité » ne suffit pas – on attend des émissions Scope‑1 et Scope‑2 avec une base de données, des évaluations de la chaîne d’approvisionnement, des politiques sociales avec indicateurs.

Le standard VSME : volontaire, mais pas sans conséquences

Pour les entreprises situées en dessous du nouveau seuil CSRD, l’EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group) a élaboré le VSME : Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs. Il est structuré de façon modulaire – un module de base (indicateurs ESG essentiels) et un module étendu pour les entreprises ayant des ambitions de reporting plus importantes ou subissant une pression accrue sur la chaîne d’approvisionnement.

La version finale du VSME, en tant qu’acte délégué, est attendue après la finalisation des ESRS révisés – probablement à l’automne 2026. D’ici là, la recommandation actuelle de l’EFRAG peut être utilisée comme cadre d’orientation. La Commission européenne a déjà adopté, en juillet 2025, une recommandation officielle concernant l’utilisation du VSME.

VSME vs. ESRS : quel dispositif convient à qui ?

ESRS (obligatoire à partir de l’exercice 2027)

  • Plus de 1 000 salariés
  • Plus de 450 Mio EUR de chiffre d’affaires (cumulatif)
  • Double matérialité complète
  • Obligation de vérification externe
  • Tagging XBRL obligatoire
  • Premiers rapports à partir du printemps 2028

VSME (volontaire, version finale à partir de l’automne 2026)

  • Pour les PME et mid‑caps en dessous du seuil CSRD
  • Structure modulaire (base + extension)
  • Pas d’obligation de double matérialité
  • Pas d’obligation de vérification externe
  • Néanmoins : méthodologie reconnue par l’UE
  • Idéal pour les demandes de reporting chaîne d’approvisionnement

Pourquoi le VSME reste‑t‑il pertinent alors qu’il est volontaire ? Parce que la pression ne vient pas uniquement du législateur. Un fournisseur de rang 1 d’un groupe automobile allemand, lui‑même soumis à la CSRD, demandera à ses fournisseurs des données Scope‑3 – la CSRD l’exige. Le VSME offre à ces fournisseurs une réponse structurée et conforme à l’UE, sans la complexité des ESRS.

Ce qu’il faut faire maintenant – selon la taille de l’entreprise

Le soulagement lié à l’Omnibus est compréhensible. Mais en tirer les conséquences opérationnelles n’est pas trivial – car selon la situation, les réponses varient considérablement.

Étape 1 : Vérification des seuils

Vérifier le nombre d’employés ET le chiffre d’affaires. Les deux seuils (1 000 MA / 450 Mio EUR) sont-ils dépassés ? Si un seul est franchi : l’obligation CSRD directe disparaît. Consigner la base de décision reste toutefois recommandé.

Étape 2 : Analyse de la chaîne d’approvisionnement

Quels clients et quelles banques demandent déjà des données ESG ? Si les clients de niveau 1 sont soumis à la CSRD, des questionnaires sur la chaîne d’approvisionnement arrivent. La préparation VSME débute maintenant, afin d’éviter des réactions d’urgence.

Étape 3 : Construire la base de données

Les émissions Scope‑1 (combustion directe, parc automobile, production) peuvent aujourd’hui être relevées avec un effort raisonnable. Cela est pertinent indépendamment de l’obligation de reporting – les coûts énergétiques, la tarification du CO₂ et les primes d’assurance évoluent en conséquence.

Étape 4 : Utiliser le VSME comme cadre de référence

La recommandation EFRAG est disponible publiquement. Le module de base du VSME comprend environ 40 indicateurs – réalisable pour une entreprise de 200 personnes sans équipe ESG dédiée, à condition que la gestion des données soit structurée.

Les questions que le directeur général doit répondre à son actionnaire

Le soulagement apporté par l’Omnibus est réel. Mais il possède une caractéristique que j’ai constatée : il crée la tentation de remettre le sujet à plus tard. « Nous ne sommes plus obligés » ressemble à un signal d’alerte levé. Ce n’en est pas un.

La pression vient maintenant du marché, pas du législateur. Les prêteurs souhaitent des données ESG pour leurs décisions de taux (les exigences de stress test de la BCE touchent les banques, qui les transmettent à leurs clients entreprises). Les grands acheteurs ont besoin de données sur la chaîne d’approvisionnement pour leur propre rapport CSRD. Les assureurs intègrent les risques climatiques dans les tarifs commerciaux.

Ce qui a donc changé : l’obligation a disparu, mais le motif demeure. Les entreprises qui commencent dès maintenant de façon structurée – module de base VSME, collecte Scope‑1, gouvernance interne – seront, dans deux ans, mieux placées que celles qui, en 2028, réaliseront que leur client principal a soudainement besoin de données qu’elles ne possèdent pas.

Ce n’est pas une phrase d’empowerment. C’est une évaluation sobre de la part de quelqu’un qui a vu ce qui se passe lorsque les exigences de conformité frappent au dernier trimestre avant la date limite.

Foire aux questions

Les entreprises de 800 salariés et 500 Mio EUR de chiffre d’affaires doivent‑elles rendre compte ?

Non. Les deux seuils doivent être remplis de façon cumulative. 800 salariés se situent en dessous du seuil de 1 000 – la responsabilité directe au titre de la CSRD ne s’applique donc pas, quel que soit le chiffre d’affaires. Des obligations indirectes via les chaînes d’approvisionnement ou les prêteurs peuvent néanmoins apparaître.

À quel moment les entreprises directement soumises doivent‑elles rendre compte pour la première fois ?

L’obligation de reporting débute pour les entreprises concernées à partir de l’exercice 2027. Le premier rapport paraîtra donc au printemps 2028. Les États membres disposent jusqu’en mars 2027 pour transposer la directive en droit national.

Quelle est la différence entre l’ESRS et le VSME ?

L’ESRS est le cadre obligatoire pour les entreprises soumises à la CSRD comptant plus de 1 000 salariés et 450 Mio EUR de chiffre d’affaires. Le VSME est une norme volontaire, modulaire, destinée aux PME et aux mid‑caps – moins de points de données, aucune obligation de vérification externe, tout en restant conforme à l’UE et reconnu pour le reporting des chaînes d’approvisionnement.

Le standard VSME est‑il déjà finalisé ?

Non, la version finale en tant qu’acte délégué est attendue après la finalisation de l’ESRS révisé – probablement à l’automne 2026. La recommandation EFRAG existante (adoptée en 2024) peut déjà être utilisée comme cadre d’orientation. La Commission européenne a formellement recommandé l’utilisation du VSME.

Les entreprises peuvent‑elles néanmoins rendre compte volontairement selon l’ESRS ?

Oui. L’obligation a disparu, mais la possibilité demeure. Qui agit en tant que fournisseur de premier rang d’un groupe soumis à la CSRD ou envisage un accès aux marchés financiers peut rendre compte volontairement selon l’ESRS. C’est plus exigeant que le VSME, mais pour les entreprises orientées vers les marchés de capitaux c’est parfois le choix le plus judicieux.

Source image d’en‑tête : Pexels / Pixabay (px:273252)

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