Produits médicaux IA : 1 451 aux États-Unis
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L’Agence américaine des médicaments (FDA) a approuvé, d’ici fin 2025, exactement 1 451 dispositifs médicaux basés sur l’intelligence artificielle – dont 295 rien qu’au cours de l’année dernière. En Europe, il n’existe même pas de base de données publique comparable. Alors que les hôpitaux américains intègrent déjà la diagnostic assisté par l’IA dans leur fonctionnement quotidien, les établissements allemands restent cantonnés à des solutions isolées et attendent l’entrée en vigueur de l’AI Act, dont les exigences relatives aux systèmes à haut risque ne seront applicables qu’à partir de 2027. État des lieux.
Le plus important en bref
- 1.451 dispositifs médicaux basés sur l’IA ont été approuvés aux États-Unis : 295 rien qu’en 2025, dont 76 % dans le domaine de la radiologie. GE HealthCare arrive en tête avec 120 autorisations (The Imaging Wire, mars 2026).
- L’Europe manque de visibilité : Il n’existe aucune base de données publique des dispositifs médicaux à IA certifiés CE. On estime qu’au moins 219 d’entre eux sont actuellement disponibles sur le marché (état en janvier 2025).
- Seuls 2,4 % ont fait l’objet d’une validation par essai randomisé : Sur 903 dispositifs IA évalués par la FDA, 24,1 % n’avaient subi aucune étude clinique. Seulement 2,4 % avaient été soumis à un essai randomisé (JAMA Network Open, 2025).
- Les cliniques du DACH utilisent l’IA : Le groupe Asklepios déploie Aidoc dans plus de 25 établissements, tandis que l’étude Vara-PRAIM a permis d’améliorer de 17,6 % le taux de détection du cancer du sein chez 463 094 femmes.
- Délai crucial pour l’AI Act : août 2027. D’ici là, les systèmes médicaux à IA devront satisfaire pleinement aux exigences relatives à la gestion des risques, à la qualité des données et à la supervision humaine.
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295 autorisations en un an : ce que révèlent les chiffres de la FDA
Depuis 2017, la FDA tient une base de données accessible au public recensant tous les dispositifs médicaux basés sur l’intelligence artificielle ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché. Les chiffres mettent en évidence une tendance claire : de 29 autorisations en 2017, on est passé à 295 en 2025 – un record qui dépasse largement celui de l’année précédente, fixé à 223.
76 % des appareils dotés d’IA et autorisés par la FDA relèvent de la radiologie – un domaine où la reconnaissance de motifs dans de vastes ensembles de données d’imagerie fonctionne particulièrement bien. GE HealthCare occupe la première place du classement avec 120 autorisations, suivie de Siemens Healthineers, qui en compte 89. Le fait que deux des trois principaux fabricants aient des racines européennes rend encore plus frappante l’asymétrie réglementaire entre les États-Unis et l’Union européenne.
Toutefois, toute autorisation ne se traduit pas nécessairement par un bénéfice clinique. Une étude publiée dans JAMA Network Open en avril 2025 a examiné 903 dispositifs médicaux basés sur l’IA approuvés par la FDA et est parvenue à un constat peu encourageant : 24,1 % n’avaient aucune étude de validation clinique à leur actif. Seuls 2,4 % avaient fait l’objet d’un essai randomisé contrôlé, et 8,1 % d’un essai prospectif. Ainsi, environ 90 % des dispositifs reposaient sur des données rétrospectives ou même sur aucune preuve clinique.
Cela signifie que le chiffre de 1.451 autorisations délivrées par la FDA constitue certes un indicateur impressionnant de dynamisme du marché, mais qu’il ne saurait être considéré comme un gage de qualité. Pour les acheteurs des établissements de santé évaluant un système d’IA, l’autorisation de la FDA ne constitue donc pas un critère suffisant. Ce qui importe vraiment, ce sont des études prospectives menées auprès de populations de patients comparables ainsi qu’une validation clinique rigoureuse et reproductible dans le contexte propre du service de soins concerné.
Le point aveugle de l’Europe : ni base de données, ni transparence
En Europe, il n’existe aucune liste publique comparable. Ni l’Agence européenne des médicaments (EMA) ni l’Institut fédéral allemand pour les médicaments et les dispositifs médicaux (BfArM) ne gèrent une base de données accessible des dispositifs médicaux basés sur l’intelligence artificielle (IA) certifiés. La base de données européenne EUDAMED, censée instaurer la transparence, est en cours de mise en place depuis plusieurs années. Certains modules devraient devenir obligatoires à partir de mai 2026, mais une vue d’ensemble complète de tous les produits utilisant l’IA présents sur le marché européen ne sera disponible que bien des années plus tard.
Des observateurs indépendants estiment qu’il existe au moins 219 dispositifs médicaux certifiés CE et intégrant de l’IA (à la date de janvier 2025). Le nombre réel est probablement supérieur, mais personne ne le sait avec précision. Pour les responsables des achats dans les établissements de santé, qui doivent décider quel système d’IA évaluer, cela constitue un véritable problème.
| Critère | États-Unis (FDA) | Europe (CE/MDR) |
|---|---|---|
| Base de données publique dédiée à l’IA | Oui, depuis 2017 | Non (EUDAMED en construction) |
| Produits d’IA autorisés | 1 451 (cumulatif) | Au moins 219 (estimation) |
| Taux d’autorisation en 2025 | 295 nouveaux appareils | Inconnu (absence de statistiques) |
| Réglementation spécifique à l’IA | Cadre de la FDA en vigueur depuis 2021 | Loi sur l’IA entrant en vigueur en août 2027 |
| Validation clinique | Exigée, mais lacunaire | Conforme au règlement MDR (plus strict) |
Les cliniques de la région DACH utilisent l’IA, mais sous forme de solutions isolées
Malgré les lacunes réglementaires au niveau européen, certaines cliniques de la région DACH ont déjà mis en œuvre de manière productive des systèmes d’IA pour le diagnostic. Les résultats sont prometteurs, mais restent pour l’instant cantonnés à des initiatives individuelles.
Asklepios, l’un des plus grands opérateurs privés de cliniques en Allemagne, a installé le système israélien d’IA Aidoc dans plus de 25 établissements. Ce logiciel analyse en temps réel les scanners CT et détecte les accidents vasculaires cérébraux, les hémorragies intracrâniennes ainsi que les fractures vertébrales, grâce notamment à un financement obtenu via le programme KHZG. L’avantage : Aidoc priorise automatiquement la liste des diagnostics, ce qui permet aux cas urgents d’être immédiatement transmis au radiologue, plutôt que d’attendre leur tour dans la file d’attente.
La plus grande étude prospective menée à ce jour sur l’utilisation de l’IA dans le domaine du diagnostic provient également d’Allemagne. L’étude Vara-PRAIM, publiée dans Nature Medicine, a analysé plus de 463 000 mammographies de dépistage. Les résultats montrent une augmentation de 17,6 % de la détection du cancer du sein, tout en réduisant la charge de travail des radiologues. Il s’agit de la plus vaste étude prospective de ce type jamais réalisée dans le monde.
« La question n’est plus de savoir si l’IA fonctionne dans le diagnostic. La question est désormais de comprendre comment nous pouvons passer de la phase expérimentale à une mise en œuvre systématique – sur les plans réglementaire, organisationnel et économique. » – Professeur Alexander Berens, Université de Tübingen (communiqué de presse, 2025)
Le problème réside dans le fait que chacune de ces implantations constitue un projet isolé. Il n’existe ni norme nationale relative à l’intégration de l’IA dans les systèmes d’information hospitaliers, ni interface standardisée, ni registre central recensant quel établissement utilise quel système. Bien que le Fonds pour l’innovation du G-BA soutienne, via le projet xR.AI, l’utilisation régulière de l’IA en radiologie, l’Allemagne reste encore très loin d’un déploiement généralisé.
Conséquence : les cliniques allemandes souhaitant introduire le diagnostic assisté par l’IA doivent gérer elles-mêmes chaque étape, depuis le choix du produit jusqu’à son intégration dans leur système d’information hospitalier, en passant par la formation des radiologues. S’y ajoutent des questions de responsabilité juridique, qui n’ont toujours pas été clairement tranchées, que ce soit au niveau national ou européen. Par exemple, si un système d’IA omet de signaler un diagnostic crucial et que le médecin traitant s’est fié à ce dernier, qui doit alors assumer la responsabilité ? La MDR encadre la responsabilité du fabricant concernant le produit, mais la diligence professionnelle du médecin demeure inchangée. Dans la pratique, cette incertitude conduit nombre de radiologues à ne pas considérer les rapports générés par l’IA comme base décisionnelle, se contentant au mieux de les utiliser comme simple indication supplémentaire.
Le règlement AI Act à partir de 2027 : ce qui attend les entreprises du secteur MedTech
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act) est en vigueur depuis août 2024, mais une période transitoire s’applique aux dispositifs médicaux : les exigences complètes relatives aux systèmes à haut risque ne seront pleinement applicables qu’à compter du 2 août 2027. Les systèmes d’IA relevant de la MDR ou de l’IVDR en tant que dispositifs médicaux sont automatiquement classés comme des IA à haut risque.
Concrètement, cela signifie que les fabricants doivent mettre en place un système de gestion des risques spécifique à l’IA, respecter des exigences strictes en matière de qualité des données et de gouvernance des données, élaborer une documentation technique allant au-delà des obligations prévues par la MDR, et intégrer des mécanismes permettant une supervision humaine. L’effort requis est considérable, notamment pour les petites et moyennes entreprises.
Une bonne nouvelle toutefois : en novembre 2025, la Commission européenne a présenté une proposition omnibus visant à simplifier le cadre réglementaire, afin de réduire les chevauchements entre l’AI Act et la MDR/IVDR. Au lieu d’une double documentation et d’une double évaluation de la conformité, un processus intégré devrait être instauré. L’adoption de cette proposition est attendue pour l’été 2026.
Pour les PME allemandes du secteur MedTech – 93 % de l’industrie étant composée d’entreprises de moins de 250 salariés -, la question n’a rien d’abstrait. Ces dernières années, la MDR a déjà conduit certains fabricants à retirer leurs produits du marché européen, car le coût de la certification dépassait largement le chiffre d’affaires généré. Si l’AI Act venait s’ajouter avec une bureaucratie comparable, la consolidation du secteur se poursuivrait.
En même temps, la réglementation offre un avantage en termes de qualité : les dispositifs médicaux basés sur l’IA qui répondent à la fois aux exigences de la MDR et de l’AI Act bénéficient d’un avantage de confiance par rapport aux appareils uniquement homologués par la FDA. Les fabricants européens capables de relever ce double défi peuvent en faire un atout différenciant sur le marché mondial. À condition, toutefois, qu’ils parviennent à traverser la phase transitoire jusqu’en 2027, sur les plans financier et organisationnel.
Gagner du temps ou perdre le fil
Le marché mondial de l’intelligence artificielle dans le secteur de la santé s’élevait, en 2025, à environ 21,66 milliards de dollars américains. D’ici 2030, il devrait dépasser les 110 milliards de dollars, affichant ainsi un taux de croissance annuel moyen de 38,6 % (MarketsandMarkets). Selon PwC Strategy&, le potentiel européen est estimé à 203 milliards de dollars.
L’Allemagne compte des acteurs majeurs de l’IA dans le domaine des technologies médicales, tels que Siemens Healthineers, Brainomix, Vara et Merantix. La recherche clinique y est d’un niveau international, comme en témoigne notamment l’étude PRAIM. Ce qui fait encore défaut, c’est une passerelle entre la recherche et la mise en œuvre opérationnelle : une base de données européenne sur l’IA garantissant la transparence, un processus d’homologation harmonisé ne pénalisant pas les PME, ainsi qu’un environnement hospitalier considérant l’IA non pas comme un projet pilote, mais comme un outil standard.
En huit ans, la FDA a approuvé 1 451 dispositifs médicaux basés sur l’IA, tout en perfectionnant ses procédures au fil du temps. Pendant ce même laps de temps, l’Europe a élaboré une réglementation dont l’entrée en vigueur n’est prévue qu’en 2027. Toute organisation qui ne perçoit pas ce retard comme un risque stratégique n’a pas saisi la dynamique propre au marché.
Questions fréquentes
Combien de dispositifs médicaux basés sur l’IA la FDA a-t-elle approuvés d’ici 2025 ?
D’ici fin 2025, la FDA a autorisé au total 1 451 dispositifs médicaux intégrant l’intelligence artificielle. Rien qu’en 2025, 295 nouvelles approbations ont été accordées, un record. Parmi ces dispositifs, 76 % concernent la radiologie ; GE HealthCare occupe la première place du classement avec 120 autorisations.
Existe-t-il en Europe une base de données dédiée aux dispositifs médicaux utilisant l’IA ?
Non. Contrairement à la FDA, ni l’EMA ni le BfArM ne tiennent de liste publique des dispositifs médicaux certifiés CE et reposant sur l’IA. La base de données européenne EUDAMED est actuellement en cours de mise en place ; certains modules deviendront obligatoires à partir de mai 2026. Toutefois, une vue d’ensemble complète ne sera disponible que plusieurs années plus tard.
Quand les exigences de l’AI Act s’appliqueront-elles aux dispositifs médicaux ?
Les obligations renforcées relatives aux systèmes d’IA à haut risque, prévues par l’AI Act de l’Union européenne pour les dispositifs médicaux, entreront en vigueur le 2 août 2027. Les systèmes d’IA relevant du règlement MDR ou IVDR en tant que dispositifs médicaux seront automatiquement classés comme à haut risque et devront notamment mettre en œuvre une gestion des risques spécifique à l’IA ainsi que respecter des normes strictes en matière de qualité des données.
Quelles cliniques allemandes utilisent déjà l’IA pour le diagnostic ?
Le groupe Asklepios déploie le système d’IA Aidoc dans plus de 25 établissements afin d’analyser les examens par tomodensitométrie, grâce au soutien du programme KHZG. Par ailleurs, l’étude Vara-PRAIM menée dans des centres spécialisés en cancérologie du sein en Allemagne a permis d’augmenter le taux de détection de 17,6 %, sur la base de 463 094 femmes examinées. Enfin, le projet xR.AI, porté par le G-BA, encourage l’utilisation régulière de l’IA en radiologie.
Quelle est la taille du marché de l’IA dans le secteur de la santé ?
En 2025, le marché mondial de l’IA appliquée à la santé s’élevait à 21,66 milliards de dollars américains et devrait dépasser 110 milliards d’ici 2030, affichant un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 38,6 % selon MarketsandMarkets. D’après PwC Strategy&, le potentiel européen pourrait atteindre 203 milliards de dollars d’ici 2030.
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