Souveraineté numérique : le secteur tech veut se libérer des USA
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De nombreuses villes, communes et municipalités allemandes ont, pour des raisons de coûts, déjà depuis longtemps migré vers Linux et l’Open Source. Le changement de mandat à la Maison-Blanche pourrait accélérer ce processus, car la confiance dans les États‑Unis diminue également dans le secteur du numérique. Une plus grande souveraineté numérique est désormais exigée.
Les points clés en bref
- 78 % des entreprises technologiques allemandes interrogées craignent des dommages économiques suite à la victoire électorale de Trump.
- 58 % des entreprises estiment que leur confiance dans les États‑Unis est fortement affaiblie ou détruite.
- 92 % demandent une plus grande indépendance de l’Allemagne vis‑à‑vis des États‑Unis en matière de politique numérique.
- 86 % plaident pour des hyperscalers européens plus puissants afin de renforcer l’infrastructure numérique.
- Malgré les annonces, le Bundestag a réduit de moitié en 2023 les fonds destinés à l’Open Source.
Les évolutions politiques majeures renforcent, depuis l’élection américaine du début novembre 2024, les exigences d’une plus grande souveraineté numérique pour l’Allemagne et l’UE. En effet, à l’aube du second mandat du président américain Trump, l’Europe doit gouverner et devenir plus indépendante des services et produits des fournisseurs américains. Cela concerne surtout le secteur des logiciels.
Des exigences similaires sont désormais exprimées, selon une enquête Bitkom, par les entreprises technologiques allemandes qui ont perdu beaucoup de confiance dans les États‑Unis suite à la victoire de Trump. 78 % des entreprises du secteur numérique interrogées craignent des dommages pour l’économie.
L’inquiétude face aux impacts économiques l’emporte
21 % des 329 entreprises technologiques interrogées voient leur confiance dans les États‑Unis légèrement affectée par la victoire électorale de l’ancien président, 44 % la jugent fortement affaiblie, et 14 % la considèrent même comme détruite. Six entreprises sur dix estiment que les évolutions politiques aux États‑Unis auront un impact concret sur leur société ou leurs activités.
24 % s’attendent même à des effets positifs, 36 % à des effets négatifs. 92 % et donc la grande majorité exigent que l’Allemagne devienne plus indépendante des États‑Unis. De telles revendications étaient déjà exprimées après les révélations sur la surveillance et l’espionnage mondiaux menés par la NSA en 2013.
Certaines villes et communes allemandes ont alors intensifié leur recours à l’Open Source, même si elles ont par la suite souvent fait marche arrière. En effet, il s’est avéré que Linux, en tant que système d’exploitation, n’atteint pas tout à fait la fonctionnalité et la convivialité d’autres solutions comme Microsoft Windows. Comme l’a rapporté heise online, le Bundestag a également réduit de moitié, à la fin 2023, les fonds destinés à l’Open Source et à la souveraineté numérique.
Où en est la souveraineté numérique promise et exigée ?
« L’Allemagne doit se positionner de façon plus forte, plus résiliente et davantage axée sur les opportunités. Pour cela, nous devons devenir technologiquement et économiquement plus indépendants », déclare le président de Bitkom, Dr Ralf Wintergerst. « Notre souveraineté numérique est décisive pour savoir si nous serons encore perçus comme un acteur majeur à l’échelle internationale et si nous resterons capables d’agir ». 86 % des entreprises numériques interrogées exigent, selon l’association, également « plus » d’hyperscalers européens. Le marché des grands hyperscalers est toutefois presque exclusivement détenu par les États‑Unis. L’Allemagne et l’Europe restent très en retard sur les États‑Unis et la Chine en termes de performances des centres de données, comme le montre une nouvelle étude Bitkom.
« Aux États‑Unis, chaque année, on construit deux à trois fois plus de capacités de centres de données que ce qui est installé en Allemagne », souligne Wintergerst. « Si nous voulons rester à la pointe technologiquement et renforcer notre souveraineté numérique, cela ne pourra se faire sans une infrastructure puissante et résiliente ». 80 % des entreprises ITK en Allemagne craignent que l’Allemagne et l’Europe ne soient encore davantage dépassées par les États‑Unis à l’avenir. Seulement 16 % pensent que les États‑Unis, sous Trump, resteront un partenaire fiable pour l’Allemagne.
Selon heise online, le gouvernement fédéral actuel avait déjà promis dans le pacte de coalition de favoriser la diffusion de l’Open Source plutôt que des logiciels propriétaires. En réalité, des « milliards pour les logiciels dans les entreprises » continuent d’être dépensés, ce qui « renforce davantage la dépendance et impose leurs agendas à l’État et à nous tous », critique Peter H. Ganten, président du conseil d’administration de l’Open Source Business Alliance.
Foire aux questions
Pourquoi les entreprises technologiques allemandes réclament‑elles davantage de souveraineté numérique ?
En raison de la perte de confiance envers les États‑Unis après la victoire électorale de Trump, de nombreuses entreprises redoutent des désavantages économiques. Elles jugent que l’Allemagne dépend trop des technologies et services américains.
Combien d’entreprises technologiques anticipent‑elles des impacts négatifs de la politique américaine ?
36 % des entreprises interrogées anticipent des impacts négatifs sur leur activité. 24 % supplémentaires constatent au moins des influences concrètes sur leurs opérations commerciales.
Quel rôle joue l’Open Source dans la souveraineté numérique ?
L’Open Source doit réduire la dépendance aux logiciels étrangers. Pourtant, les subventions publiques à ce sujet ont été réduites de moitié en 2023.
Pourquoi le développement d’hyperscalers européens est‑il crucial ?
Les États‑Unis construisent chaque année deux à trois fois plus de capacités de centres de données que le total installé en Allemagne. Les hyperscalers européens doivent réduire cette dépendance et renforcer l’infrastructure.
Comment le gouvernement fédéral s’est‑il engagé en faveur de la souveraineté numérique ?
Dans le pacte de coalition, le gouvernement fédéral a promis de soutenir davantage l’Open Source. En pratique, des milliards continuent d’être investis dans des logiciels propriétaires, renforçant les dépendances.
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Source image de couverture : Unsplash / Guillaume Périgois

