Migration vers SAP S/4HANA : 60 % des projets dépassent le budget – Ce que les PME doivent savoir avant 2027
7 min de lecture
À la fin de l’année 2027, SAP mettra fin au support mainstream d’ECC. Toute entreprise qui n’aura pas migré vers S/4HANA d’ici là devra payer des frais supplémentaires pour bénéficier du support étendu (Extended Maintenance) – et trouvera néanmoins de plus en plus difficilement des consultants capables de maîtriser l’ancien système. 60 % de tous les projets de migration réalisés à ce jour ont dépassé leur budget, leurs délais ou les deux à la fois. Pourtant, attendre reste l’option la plus coûteuse.
L’essentiel en bref
- Échéance du support imminente : SAP met fin au support mainstream d’ECC à la fin de l’année 2027 ; le support étendu jusqu’en 2030 est facturé en supplément (SAP, 2025).
- Les projets dérapent régulièrement : 60 % des migrations vers S/4HANA présentent des écarts sur le budget, les délais ou la qualité (étude Horváth, 2025).
- Pénurie de consultants : les tarifs journaliers des consultants spécialisés dans les migrations SAP augmenteront de jusqu’à 50 % en 2026/2027 par rapport à 2024.
- Sous-estimation des processus métiers : 49 % des entreprises citent les modifications des processus métiers comme le principal obstacle à la migration (Horváth, 2025).
- Absence de la direction générale : seulement 14 % des petites entreprises confient la conduite du projet S/4HANA à leur PDG.
La date butoir qui, cette fois, ne sera pas repoussée
SAP a déjà reporté à plusieurs reprises cette échéance – d’abord à 2025, puis à 2027, avec un support étendu prévu jusqu’en 2030. Cela a plongé de nombreuses PME dans une zone de confort dangereuse. Or, la donne change désormais : le support étendu implique un supplément sur les frais de maintenance habituels, et SAP n’alloue plus aucune ressource de développement à ECC. Aucune nouvelle fonctionnalité, aucun correctif de sécurité face aux menaces actuelles, aucune intégration avec les services cloud – tout cela n’est désormais disponible que pour les architectures système modernes.
La pression réelle provient simultanément de trois directions :
● Pénurie de consultants : Le nombre de consultants SAP expérimentés dans les migrations ECC vers S/4HANA diminue, tandis que la demande atteindra son pic en 2026/2027. Selon les observateurs du secteur, les tarifs journaliers augmenteront de jusqu’à 50 % par rapport à 2024.
● Risques de non-conformité : La directive NIS2, le règlement DORA et la loi européenne sur l’intelligence artificielle (EU AI Act) imposent de nouvelles exigences en matière de gouvernance des données et de transparence. Un système ECC sans développement continu devient un risque majeur de non-conformité.
● Désavantage concurrentiel : Les entreprises passées à S/4HANA peuvent exploiter l’IA métier de SAP (Business AI) et le Cloud des données métiers (Business Data Cloud) – prévisions assistées par l’IA, approvisionnement automatisé, reporting en temps réel. Celles qui restent sur ECC regardent passer le train.
Pourquoi 76 % des entreprises n’ont aucune feuille de route
L’étude Horváth menée auprès de 200 entreprises utilisatrices de SAP dans la région DACH (Allemagne, Autriche, Suisse) révèle un schéma récurrent : la migration est traitée comme un projet informatique, alors qu’il s’agit bel et bien d’un projet de transformation. 49 % des personnes interrogées citent les changements de processus métiers comme le principal obstacle, 44 % les personnalisations accumulées au fil de décennies de maintenance du système, et 37 % la résistance organisationnelle.
Ce n’est guère surprenant. Une entreprise industrielle moyenne, qui fonctionne depuis 15 ans sur un ECC fortement adapté, dispose de centaines de transactions Z, de rapports internes et d’interfaces consolidées au fil du temps. Cette dette technique ne disparaît pas avec une simple mise à niveau – elle doit être délibérément résolue ou délibérément migrée.
« La migration vers S/4HANA va bien au-delà de la simple introduction d’un nouveau logiciel : elle signifie la transformation de processus anciens et bien établis vers des processus métiers tournés vers l’avenir. »
– IT-Matchmaker / Trovarit AG, tendances SAP 2026
Seulement 17 % des entreprises accompagnent leur phase de préparation à la migration par des mesures de gestion du changement telles que des formations ou des ateliers sur les processus. Dans les petites entreprises, le PDG dirige le projet S/4HANA dans seulement 14 % des cas ; le directeur financier (CFO) ou le directeur des opérations (COO) sont impliqués dans seulement 7 % des cas. Autrement dit : la décision informatique la plus coûteuse de la décennie est prise sans le soutien explicite de la direction générale.
Le programme d’incitation de SAP : pourquoi le premier semestre 2026 constitue le bon moment
SAP a relancé son programme d’incitation à la transformation pour le premier semestre 2026 – avec une modification essentielle : 50 % de la valeur de l’incitation sont désormais versés sous forme de crédit d’implémentation directement déduit des coûts du projet. Il ne s’agit pas d’une remise marketing, mais bien d’une réduction effective du budget alloué.
Concrètement : pour chaque ligne métiers supplémentaire (Finance, RH, Achats) intégrée à la migration cloud, le montant du crédit augmente de 10 %. Ainsi, une entreprise qui migre, outre son ERP central, trois autres domaines obtient un bonus de 30 % sur le crédit de base. Le programme court jusqu’au 30 juin 2026 et s’applique rétroactivement à compter du 16 février.
La mise en œuvre s’effectue via des partenaires SAP agréés. Cela revêt une importance capitale : tous les consultants ne sont pas habilités à activer cet incitatif. Pour en bénéficier, il faut impérativement travailler avec un partenaire certifié en implémentation.
● Mais attention : ce programme d’incitation n’est pas une solution miracle. Il réduit les coûts du projet, pas sa complexité. Une entreprise qui entame la migration sans feuille de route claire ni analyse approfondie des processus brûlera ce crédit dans des travaux complémentaires et des extensions de périmètre. L’incitatif récompense les entreprises préparées – pas celles qui agissent dans la précipitation.
Brownfield, Greenfield ou hybride : quelle approche convient aux PME ?
Depuis des années, la communauté SAP débat de la pertinence respective des approches brownfield et greenfield. Pour la PME typique – entre 500 et 5 000 salariés, ECC ancien et consolidé, équipe informatique limitée – la réponse est souvent plus pragmatique que théorique.
● Brownfield (conversion système) : Le système existant est converti, les données et les personnalisations sont conservées. Avantage : moindre risque, durée d’indisponibilité plus courte. Inconvénient : la dette technique est transférée. Des exigences de gouvernance telles que la CSRD ou la NIS2 nécessitent alors souvent des travaux complémentaires.
● Greenfield (nouvelle implémentation) : Les processus sont repensés, le système est installé à partir de zéro. Avantage : innovation maximale, départ à zéro. Inconvénient : coût nettement plus élevé, durée de réalisation plus longue, risque élevé lié à la gestion du changement.
● Selective Data Transition (approche hybride) : De nouveaux processus sont construits sur S/4HANA, tandis que seules les données maîtresses et les données de mouvement pertinentes sont migrées de façon sélective. Des entreprises comme le groupe Heinzel adoptent cette approche – avec plusieurs phases de déploiement permettant de répartir le risque.
La tendance penche clairement vers RISE with SAP : l’enquête DSAG montre que 48 % des entreprises utilisent ou prévoient d’utiliser RISE, contre 16 % l’année précédente. La raison ? RISE regroupe licence, infrastructure et services de migration dans un seul et même package, réduisant ainsi le nombre de décisions que la PME doit prendre seule.
« ● Selective Data Transition (hybride) : de nouveaux processus sont construits sur S/4HANA, tandis que seules les données maîtresses et les données de mouvement pertinentes sont migrées de façon sélective. »
La feuille de route sur 90 jours : que faire dès maintenant ?
Celui qui n’a pas encore élaboré de stratégie de migration aujourd’hui ne doit pas céder à la panique – mais il doit commencer immédiatement. Trois mois suffisent pour poser les fondations :
● Semaines 1 à 4 – Audit initial : Inventorier toutes les transactions Z, les rapports personnalisés et les interfaces. Utiliser l’Application Value Assessment (AVA) de SAP – gratuit, il fournit une première analyse de la complexité de la migration.
● Semaines 5 à 8 – Analyse des processus : Identifier les 20 processus clés qui génèrent 80 % de la valeur métier. Pour chacun, trancher : conserver, simplifier ou repenser entièrement ? À ce stade, la direction générale doit être présente autour de la table – pas seulement l’équipe informatique.
● Semaines 9 à 12 – Choix du partenaire et sécurisation de l’incitatif : Évaluer trois partenaires SAP, demander une offre RISE, soumettre la demande d’incitatif à la transformation avant le 30 juin 2026. En parallèle : lancer la gestion du changement, identifier les utilisateurs clés (Key Users), planifier les premières formations.
L’erreur la plus grave n’est pas d’avoir choisi une mauvaise stratégie de migration – c’est de n’en avoir aucune. 76 % des entreprises se retrouvent aujourd’hui sans feuille de route définie. C’est précisément ce vide qui constitue le piège financier le plus redoutable : non pas la migration elle-même, mais l’improvisation sous pression temporelle.
Questions fréquentes
Que se passe-t-il si je continue à exploiter ECC après 2027 ?
SAP propose un support étendu (Extended Maintenance) jusqu’en 2030, mais moyennant un supplément sur les frais de maintenance habituels. Aucune nouvelle fonctionnalité ni aucun correctif de sécurité ne sera plus publié. Le système continuera à fonctionner, mais deviendra progressivement un risque – notamment en matière de conformité aux exigences telles que la NIS2 ou la DORA.
Combien de temps prend typiquement une migration S/4HANA dans une PME ?
Les migrations brownfield durent généralement de 9 à 15 mois, tandis que les projets greenfield prennent de 12 à 24 mois. La durée réelle dépend fortement du nombre de personnalisations et de la complexité du paysage des processus métiers. Des approches basées sur la sélection des données (Selective Data), déployées en plusieurs phases de version, peuvent réduire la durée de chaque phase à 6 mois.
Quel est le coût d’une migration S/4HANA ?
Les coûts varient fortement : pour une PME comptant entre 500 et 2 000 utilisateurs, les migrations brownfield se situent typiquement entre 500 000 et 2 millions d’euros, tandis que les projets greenfield peuvent coûter le double. L’incitatif à la transformation de SAP peut compenser une partie des coûts d’implémentation. Ce qui compte avant tout, c’est une préparation rigoureuse – 60 % des écarts budgétaires proviennent d’une analyse insuffisante des processus.
RISE with SAP vaut-il la peine pour les PME ?
RISE regroupe licence, infrastructure cloud et services de migration dans un seul contrat. Pour les entreprises ne disposant pas d’équipes SAP internes importantes, cela simplifie considérablement l’acquisition – on a un interlocuteur unique au lieu de cinq. L’enquête DSAG 2025 montre que 48 % des entreprises de la région DACH utilisent ou prévoient d’utiliser RISE, contre 16 % l’année précédente.
Brownfield ou Greenfield – quelle approche recommandent actuellement les consultants ?
Pour la majorité des PME, les consultants recommandent une approche brownfield pragmatique ou la transition sélective des données (Selective-Data-Transition). Un greenfield pur n’est justifié que si les processus existants sont profondément obsolètes ou si une opération de désinvestissement (carve-out) est prévue. Des entreprises comme QD Group ont délibérément opté pour le brownfield afin de minimiser les temps d’indisponibilité et les efforts liés à la gestion du changement.
Lectures complémentaires
- Spécialistes du cloud : pourquoi l’Allemagne rattrape enfin son retard en matière de montée en compétences – cloudmagazin
- NIS2 en Allemagne : ce que les entreprises doivent savoir et mettre en œuvre dès maintenant – SecurityToday
- Obligation de rapport CSRD 2025 : ce que le directeur financier doit savoir dès aujourd’hui – Digital Chiefs
Source de l’image : Kampus Production / Pexels

