Green IT 2026 : les data centers durables, facteur de…
6 min de lecture
Les centres de données allemands consomment environ 20 térawattheures d’électricité par an. D’ici 2030, cette consommation pourrait dépasser 30 térawattheures, portée par les charges de travail liées à l’intelligence artificielle. Parallèlement, la loi sur l’efficacité énergétique durcit les exigences : à compter de juillet 2027, les installations existantes ne doivent pas dépasser un PUE de 1,5. Celui ou celle qui considère la durabilité comme un simple facteur de coût passe à côté de l’enjeu essentiel : les centres de données verts deviennent un facteur déterminant de localisation.
L’essentiel en bref
- La consommation électrique augmente rapidement : Les centres de données allemands consommeront environ 21 térawattheures en 2025. Bitkom prévoit plus de 30 TWh d’ici 2030, et potentiellement 80 TWh d’ici 2045.
- L’EnEfG fixe des échéances : À compter de juillet 2027, un PUE maximal de 1,5 s’applique aux installations existantes, puis 1,3 à partir de 2030. Les nouvelles constructions doivent respecter un PUE de 1,2 dès juillet 2026 (Loi sur l’efficacité énergétique §11).
- 100 % d’énergies renouvelables à partir de 2027 : L’EnEfG exige à compter de janvier 2027 une couverture totale de la consommation électrique par des énergies renouvelables non subventionnées.
- La chaleur fatale comme source de chauffage : NTT DATA alimente plus de 1 000 bâtiments en chaleur fatale de centre de données à Berlin. Selon Bitkom, la chaleur fatale des centres de données allemands pourrait chauffer 350 000 logements par an.
- windCORES en tant que pionnier : Les centres de données directement dans les éoliennes atteignent 11 grammes de CO2 par kilowattheure contre 380 grammes pour les installations conventionnelles (WestfalenWIND).
Le paradoxe de l’IA : plus de puissance, plus de consommation
Les mêmes entreprises qui formulent des objectifs de durabilité font exploser la consommation énergétique via les charges de travail liées à l’IA. Les centres de données dédiés à l’IA représentent actuellement environ 15 % de la capacité installée en Allemagne. Bitkom prévoit que cette part sera multipliée par quatre d’ici 2030. L’entraînement et l’inférence des grands modèles de langage nécessitent une puissance de calcul bien supérieure à celle des charges de travail classiques.
L’Allemagne fait face à un double défi. D’une part, la demande en capacité de calcul croît de manière exponentielle – pour les agents IA dans les PME, pour les systèmes autonomes, pour les processus industriels intensifs en données. D’autre part, la loi sur l’efficacité énergétique fixe des limites claires à la consommation d’énergie. Gérer ces deux évolutions simultanément constitue le véritable défi de management.
« En 2024, Equinix a atteint une couverture de 96 % d’énergies renouvelables sur l’ensemble de son portefeuille mondial de centres de données – pour la septième fois consécutive.“
Equinix Sustainability Report 2024
Loi sur l’efficacité énergétique : ce qui s’applique à partir de 2027
La loi sur l’efficacité énergétique (EnEfG), en vigueur depuis novembre 2023, définit pour la première fois des normes d’efficacité contraignantes pour les centres de données en Allemagne. Les exigences du §11 concernent trois domaines : l’efficacité énergétique (PUE), les énergies renouvelables et la valorisation de la chaleur fatale.
En matière d’efficacité énergétique, la loi distingue les installations existantes des nouvelles constructions. Les installations existantes mises en service avant le 1er juillet 2026 doivent respecter un PUE maximal de 1,5 à compter de juillet 2027, puis de 1,3 à partir de 2030. Les nouvelles constructions à partir de juillet 2026 démarrent directement avec une limite de PUE de 1,2. La moyenne européenne se situe actuellement à 1,6, ce qui signifie : une part considérable des installations existantes allemandes doit être modernisée.
Concernant les énergies renouvelables, cela devient sérieux à partir de janvier 2027. Les centres de données doivent alors couvrir la totalité de leurs besoins en électricité par des sources renouvelables non subventionnées. Cela exclut les anciennes installations EEG et oblige les exploitants à conclure leurs propres accords d’achat d’électricité (PPA) ou des contrats d’achat directs.
La valorisation de la chaleur fatale constitue le troisième pilier. Les nouvelles constructions à partir de juillet 2026 doivent réutiliser au moins dix pour cent de leur chaleur fatale, cette part passant à 15 % en 2027. S’y ajoute une obligation de rapport annuel : jusqu’au 31 mars de chaque année, les exploitants doivent transmettre électroniquement leurs données d’efficacité et d’énergie au gouvernement fédéral.
windCORES : calculer dans une éolienne
Le concept le plus insolite provient de Paderborn. windCORES, filiale de WestfalenWIND, exploite des centres de données directement dans les tours d’éoliennes. L’électricité est consommée à son lieu de production, sans transport sur de longues distances ni frais de réseau. L’intensité carbone s’élève à environ 11 grammes par kilowattheure, contre 380 grammes pour les centres de données classiques alimentés par le mix électrique allemand.
Les avantages vont au-delà de l’analyse du cycle de vie. windCORES peut mettre en service de nouvelles capacités en dix mois, contre les quatre ans habituels nécessaires à la construction de centres de données traditionnels. Le concept windCORES-II étend ce principe à des centres de données à plusieurs niveaux installés dans la tour d’une éolienne. En décembre 2025, WestfalenWIND a reçu pour ce projet le Prix allemand de la durabilité. Plus de 90 % de l’électricité proviennent directement de l’énergie éolienne.
NTT DATA Berlin : la chaleur fatale chauffe des quartiers résidentiels
Ce que permet la chaleur fatale issue des centres de données est illustré par NTT DATA à Berlin dans deux projets. À Marienpark, 2 mégawatts de chaleur fatale alimentent en chauffage et en eau chaude plus de 1 000 bâtiments. L’extension prévue devrait permettre de fournir jusqu’à 37 mégawatts. Le deuxième projet, à Spandau, « Das Neue Gartenfeld », démarrera début 2025 : depuis deux centres de données, jusqu’à 8 mégawatts de puissance thermique seront injectés dans un nouveau quartier résidentiel et tertiaire. NTT DATA évalue les économies annuelles de CO₂ à environ 6 000 tonnes.
Selon Bitkom, la chaleur fatale produite par les centres de données allemands pourrait chauffer chaque année environ 350 000 logements, soit une quantité d’énergie allant jusqu’à 8 térawattheures. Le potentiel existe bel et bien. Le goulot d’étranglement ne réside pas dans la technologie, mais dans l’absence d’infrastructures adéquates : les réseaux de chauffage urbain doivent être raccordés aux centres de données, et l’urbanisme doit prévoir la présence de consommateurs de chaleur à proximité des sites d’implantation des centres de données. La loi sur l’efficacité énergétique (EnEfG) répond partiellement à ce problème en obligeant, à compter de 2026, les nouveaux bâtiments à valoriser leur chaleur fatale, créant ainsi un incitatif réglementaire pour implanter les centres de données plus près des « puits de chaleur ».
À l’échelle mondiale, NTT DATA a réduit ses émissions de 26 % au cours de l’exercice 2023 par rapport à l’année précédente et augmenté la part des énergies renouvelables de 15 %. L’entreprise s’est fixé pour objectif d’atteindre la neutralité carbone pour les émissions de portée 1 et 2 d’ici 2030. Pour le marché allemand, les projets berlinois constituent donc non seulement des initiatives pilotes, mais aussi le point de départ d’une stratégie systématique.
Equinix, T-Systems, Open Telekom Cloud : qui fournit quoi ?
Outre les prestataires spécialisés, les grands opérateurs s’engagent également en faveur de la durabilité. En 2024, Equinix a atteint une couverture mondiale de 96 % d’énergies renouvelables et a conclu, rien qu’au cours de cette année, des accords d’achat d’électricité (Power Purchase Agreements, PPA) représentant 370 mégawatts. Sur le site de Francfort FR13, l’opérateur combine la certification LEED avec une alimentation à 100 % renouvelable et une « Living Wall » (mur végétal) composée de 17 000 plantes.
T-Systems exploite ses centres de données à Biere, près de Magdeburg, avec un PUE de 1,3 et une certification LEED Gold. Depuis 2021, la plateforme Open Telekom Cloud fonctionne à 100 % avec des énergies renouvelables. T-Systems est par ailleurs signataire du Climate Neutral Data Centre Pact, engagement volontaire européen pris par le secteur.
Pour les entreprises de taille intermédiaire qui achètent des capacités de colocation ou de cloud, ces prestataires offrent un levier concret : le choix d’un fournisseur certifié et durable améliore leur propre bilan des émissions de portée 3, sans qu’il soit nécessaire de reconfigurer leur infrastructure interne. Cela prendra une importance cruciale dès lors que les systèmes ERP seront migrés vers le cloud et que la consommation énergétique de l’infrastructure informatique apparaîtra dans le rapport de durabilité.
Le marché européen des centres de données verts
Le marché européen des centres de données verts a été évalué à environ 8,9 milliards de dollars américains en 2024. Il devrait croître pour atteindre 12,8 milliards de dollars américains d’ici 2029, porté par la hausse des coûts énergétiques, les obligations de reporting liées à la CSRD et la pression réglementaire exercée par l’EnEfG. L’Allemagne constitue le plus grand marché national d’Europe, devant les Pays-Bas et l’Irlande, traditionnellement considérés comme des hubs.
Francfort reste le principal site de centres de données d’Europe continentale, mais il fait face à une concurrence croissante de sites nord-européens qui bénéficient d’un refroidissement naturel et d’énergies renouvelables moins coûteuses. Pour les PME allemandes dont les systèmes informatiques ont des exigences strictes en matière de latence, Francfort demeure le premier choix. Pour les charges de travail moins critiques sur le plan temporel – sauvegardes, archivage ou traitement par lots – un site situé en Scandinavie peut s’avérer à la fois plus économique et plus durable.
Le PUE est-il encore la bonne mesure ?
L’indicateur Power Usage Effectiveness (PUE) est depuis des années la métrique standard de l’efficacité des centres de données. Il mesure le rapport entre la consommation énergétique totale et l’énergie effectivement utilisée par les équipements informatiques. Un PUE de 1,0 serait parfait ; un PUE de 2,0 signifie que la moitié de l’énergie est perdue pour le refroidissement, l’éclairage et les infrastructures.
Or cette métrique présente des zones d’ombre. En novembre 2025, Equinix a posé la question provocatrice : « Le PUE est-il mort ? ». Cet indicateur ne mesure pas si l’électricité provient de sources renouvelables. Ainsi, un centre de données affichant un PUE de 1,1 et alimenté au charbon se retrouve, sur le papier, mieux placé qu’un autre centre ayant un PUE de 1,4 mais fonctionnant à 100 % à l’énergie éolienne. De même, l’efficacité des charges de travail informatiques elles-mêmes n’est pas prise en compte : un système surdimensionné et faiblement utilisé affiche le même PUE qu’un système optimisé.
Pour les entreprises de taille intermédiaire qui achètent des capacités de centre de données plutôt que de les exploiter elles-mêmes, cela signifie que le PUE seul ne suffit pas comme critère de sélection. Les questions relatives au mix énergétique, à la valorisation de la chaleur fatale et à l’occupation réelle des ressources sont tout aussi pertinentes.
Pourquoi les centres de données verts ne sont pas un luxe
La logique économique a changé. Il y a encore trois ans, la règle empirique était la suivante : une infrastructure durable coûte plus cher. Cela reste vrai pour les coûts d’investissement – certification LEED, systèmes de valorisation de la chaleur fatale, contrats PPA augmentent le CapEx. Toutefois, le bilan global bascule, car trois facteurs externes modifient l’équation.
Premièrement : la hausse des prix de l’énergie. Celui ou celle qui investit aujourd’hui dans l’efficacité réduit demain ses coûts d’exploitation. Une différence de PUE de 0,3 (par exemple, passant de 1,6 à 1,3) permet d’économiser, pour un centre de données doté d’une charge informatique de 1 mégawatt, environ 200 000 euros par an uniquement sur les coûts d’électricité. Deuxièmement : les coûts réglementaires. Celui ou celle qui ne remplit pas les exigences de l’EnEfG risque des amendes et perd l’accès à certains segments clients exigeant des fournisseurs conformes aux critères ESG. Troisièmement : la CSRD oblige les entreprises soumises à l’obligation de reporting à divulguer publiquement l’empreinte carbone de leur infrastructure informatique. Un fournisseur durable devient alors un avantage concurrentiel dans l’évaluation des fournisseurs.
Pour les PME qui n’exploitent pas leurs propres centres de données, mais recourent à la colocation ou au cloud, la recommandation est claire : lors du prochain renouvellement de contrat, exiger les indicateurs de durabilité du fournisseur et les intégrer pleinement dans le processus décisionnel. L’effort requis est minime, tandis que l’impact stratégique est considérable.
Ce que les entreprises doivent faire dès maintenant
● Examiner les contrats d’hébergement : quel est le PUE du fournisseur actuel ? Utilise-t-il des énergies renouvelables ? Existe-t-il un reporting énergétique documenté ? La conformité à l’EnEfG incombe à l’exploitant, mais le risque réputationnel revient au client.
● Étendre le TCO aux coûts carbone : le modèle « GreenOps » intègre la durabilité comme poste comptable. Celui ou celle qui est soumis à l’obligation de reporting CSRD, ou le deviendra, doit de toute façon quantifier l’empreinte carbone de son infrastructure informatique.
● Considérer la chaleur fatale comme un actif : pour les entreprises disposant de leur propre centre de données ou salle serveurs : existe-t-il des consommateurs de chaleur à proximité ? Les fournisseurs d’énergie municipaux montrent un intérêt croissant pour des coopérations dans ce domaine.
● Optimiser les charges de travail avant d’acheter du matériel : avant de déployer de nouvelles capacités, vérifier si les charges de travail existantes sont dimensionnées de façon efficace. Les architectures natives du cloud, la conteneurisation et le scaling automatisé réduisent souvent sensiblement la consommation énergétique, bien avant que des mesures physiques ne soient nécessaires.
● Adapter l’évaluation des fournisseurs : intégrer les critères ESG dans l’évaluation des fournisseurs. Les fournisseurs de centres de données qui investissent aujourd’hui dans la durabilité proposeront demain des prix plus compétitifs, car ils auront anticipé les coûts réglementaires.
Conclusion : la durabilité devient un critère de différenciation
La Green IT dans les centres de données n’est plus un thème de « bien-être ». L’EnEfG fixe des échéances impératives, la CSRD impose la transparence et les charges de travail liées à l’IA font exploser la demande. Celui ou celle qui relie ces trois dynamiques comprend que l’infrastructure durable n’est pas un générateur de coûts, mais un investissement stratégique dans la sécurité réglementaire, l’attractivité du site et des coûts d’exploitation durablement réduits.
Les précurseurs montrent que cela fonctionne : windCORES avec 11 grammes de CO₂ par kilowattheure, NTT DATA avec la chaleur fatale alimentant des quartiers entiers, Equinix avec 96 % d’énergies renouvelables. Pour les PME, cela signifie que la question n’est plus de savoir si la Green IT va arriver, mais si l’on choisit les bons partenaires lors de la sélection de ses prestataires.
Questions fréquentes
Que prévoit l’EnEfG pour les centres de données ?
La loi sur l’efficacité énergétique (§ 11) exige, à compter de juillet 2027, un PUE maximal de 1,5 pour les installations existantes, puis de 1,3 à partir de 2030. Les nouveaux bâtiments doivent respecter, à compter de juillet 2026, un PUE de 1,2. En outre, à partir de 2027, l’alimentation à 100 % en énergies renouvelables et la valorisation de la chaleur fatale (10 à 15 %) deviennent obligatoires. Les exploitants doivent déclarer annuellement, au plus tard le 31 mars, leurs données énergétiques.
Que signifie PUE et quelle est une bonne valeur ?
Le PUE (Power Usage Effectiveness) mesure le rapport entre la consommation énergétique totale d’un centre de données et l’énergie effectivement utilisée par les équipements informatiques. Un PUE de 1,0 serait idéal (aucune perte d’énergie), tandis qu’un PUE de 2,0 signifie que la moitié de l’énergie est consommée pour le refroidissement et les infrastructures. La moyenne européenne s’élève à 1,6. Les meilleurs prestataires, comme AWS, atteignent 1,15, Google même 1,09.
Quelle est la consommation électrique des centres de données allemands ?
Les centres de données allemands ont consommé environ 20 térawattheures en 2024, soit 3,9 % de la consommation électrique totale en Allemagne. Bitkom prévoit une augmentation à plus de 30 TWh d’ici 2030, principalement sous l’effet des charges de travail liées à l’IA. Les centres de données dédiés à l’IA représentent actuellement 15 % de la capacité installée.
La chaleur fatale des centres de données peut-elle vraiment servir au chauffage ?
Oui, et cela se fait déjà. NTT DATA alimente à Berlin plus de 1 000 bâtiments grâce à la chaleur fatale issue de ses centres de données. Bitkom estime que la chaleur fatale produite par les centres de données allemands pourrait chauffer chaque année environ 350 000 logements. Le défi réside dans l’infrastructure : les réseaux de chauffage urbain doivent être raccordés aux sites des centres de données, et des consommateurs de chaleur doivent se trouver à proximité géographique.
Comment une entreprise de taille intermédiaire peut-elle rendre son informatique plus durable ?
Trois mesures concrètes : premièrement, examiner les contrats d’hébergement en tenant compte du PUE, du mix énergétique et de la valorisation de la chaleur fatale. Deuxièmement, optimiser l’infrastructure informatique interne en termes d’occupation et d’efficacité, par exemple via la conteneurisation et le scaling automatisé. Troisièmement, intégrer les critères ESG dans l’évaluation des fournisseurs, notamment des prestataires de centres de données.
Pour aller plus loin
- → CSRD-Omnibus 2026 : ce que la réforme européenne change pour les PME – Nouveaux seuils et bouclier de protection pour les PME (MyBusinessFuture)
- → Green IT : la durabilité comme générateur de valeur dans la stratégie informatique – La perspective des directeurs informatiques sur les investissements durables en TI (Digital Chiefs)
- → Reprise après sinistre dans le cloud : 5 étapes pour élaborer un plan d’urgence robuste – Associer résilience et efficacité (cloudmagazin)
Source de l’image : Brett Sayles / Pexels

