Paul-Löbe-Haus Berlin — Moderne Architektur des Bundestags
03.04.2026

L’État numérique : l’administration allemande au XXIᵉ siècle

5 min de lecture

L’Allemagne a mis en ligne les 115 prestations fédérales prioritaires prévues par la loi sur l’accès numérique aux services publics (OZG). La BundID compte désormais 6 millions de comptes. L’OZG 2.0 fixe pour la première fois des délais contraignants : toutes les prestations administratives destinées aux entreprises devront être numérisées d’ici 2028. Les critiques restent vives – un an après son entrée en vigueur, peu de choses ont réellement changé pour les citoyens. Pourtant, sous la surface, une infrastructure se construit, qui rendra l’Allemagne durablement plus numérique.

L’essentiel en bref

  • 115 prestations fédérales en ligne : le gouvernement fédéral a numérisé toutes les prestations OZG prioritaires – du complément familial à la bourse d’études (BMI, 2024).
  • Le principe « une fois suffit » devient loi : l’OZG 2.0 inscrit pour la première fois dans la loi le principe selon lequel les citoyens ne doivent soumettre un document qu’une seule fois. Délai imparti pour les prestations destinées aux entreprises : 2028 (Journal officiel fédéral, juillet 2024).
  • 6 millions de comptes BundID : plus de 2 millions de nouvelles inscriptions par mois – mais seulement 20 % des Allemands connaissent ce compte citoyen (BMI, mars 2025).
  • Hambourg mène avec 290 prestations : la Bavière est la championne parmi les Länder à superficie étendue, avec 29 nouveaux services lancés en 2024 (Tableau de bord OZG).
  • Le rythme ralentit : depuis début 2025, seulement 9 prestations supplémentaires ont été numérisées au niveau national – l’infrastructure progresse, mais l’usage tarde à suivre (Conseil de contrôle des normes, 2025).

« L’OZG 2.0 fixe pour la première fois des délais contraignants : toutes les prestations administratives destinées aux entreprises devront être numérisées d’ici 2028. »

OZG 2.0 : ce qui change réellement

La loi sur l’accès numérique aux services publics (OZG) 2.0 est entrée en vigueur le 24 juillet 2024 – après un premier vote infructueux au Bundesrat et des mois de négociations entre le gouvernement fédéral et les Länder sur le financement. Les modifications apportées par rapport à la version précédente sont substantielles.

Premièrement : le principe « une fois suffit » est désormais inscrit dans la loi. Les administrations devront puiser les données directement dans les registres existants, plutôt que de demander une nouvelle fois à chaque citoyen son acte de naissance. Cela semble banal, mais cela exige une réforme fondamentale de l’infrastructure des registres – le Système technique national « une fois suffit » (NOOTS) doit être mis en place par voie de traité interétatique. Parallèlement, 935 startups spécialisées en intelligence artificielle accélèrent la numérisation du secteur public depuis l’extérieur.

Deuxièmement : des délais contraignants. L’OZG 1.0 ne comportait aucun délai exécutoire – résultat : l’administration « par fax ». L’OZG 2.0 fixe un délai imparti pour la numérisation des prestations destinées aux entreprises : 2028. Il reste à voir si cet objectif sera atteint. Mais pour la première fois, une échéance précise existe, contre laquelle on peut mesurer les progrès – et 1 307 « champions cachés » attendent impatiemment que les procédures administratives fonctionnent enfin pleinement en numérique.

Troisièmement : la modernisation des registres comme fondement. La loi sur la modernisation des registres crée les conditions nécessaires à l’échange transversal de données entre administrations. En Estonie, ce système fonctionne depuis deux décennies grâce à l’infrastructure X-Road – et c’est précisément cette architecture qui est désormais testée en Allemagne. La Nortal AG, qui a conçu environ 40 % des solutions e-Government estoniennes, conseille aujourd’hui la Caisse fédérale d’assurance vieillesse et les chambres de commerce et d’industrie allemandes dans leurs projets de numérisation. Le savoir-faire estonien s’insère directement dans les projets administratifs allemands.

Prestations fédérales
115
prestations OZG prioritaires en ligne (BMI, 2024)
Compte citoyen
6 Mio.
comptes BundID enregistrés (BMI, mars 2025)
Championnes
290
prestations en ligne à Hambourg (Tableau de bord OZG, 2024)

Qui numérise l’administration allemande ?

La mise en œuvre dépend de joueurs concrets – qui diffèrent fondamentalement des prestataires informatiques classiques.

Dataport est le prestataire informatique commun aux Länder du nord de l’Allemagne et a concrètement mis en œuvre le principe « Un pour tous » (EfA) : des modules standardisés, développés par un Land et réutilisables par les autres. Hambourg, Brême, Schleswig-Holstein et Saxe-Anhalt s’appuient sur cette approche. La campagne nationale pour les compétences cloud profite directement de cette standardisation.

Nortal AG importe en Allemagne l’expertise estonienne en matière de gouvernement numérique. Cette entreprise, qui emploie plus de 1 800 personnes dans 15 pays, a conçu en Estonie le système fiscal électronique, les solutions e-Health et les services proactifs de la sécurité sociale. En Allemagne, Nortal travaille depuis 2018 depuis Berlin, Hambourg et Dresde sur la modernisation des registres, la facturation électronique pour le gouvernement fédéral et les Länder, ainsi que sur des logiciels municipaux – notamment un système urbain intégré pour l’hébergement des personnes sans-abri à Berlin. Nortal figure parmi les 15 premiers cabinets de conseil en e-Government en Allemagne et est entièrement détenue par ses employés depuis 2016.

govdigital coordonne, en tant que coopérative, la collaboration fédérale : du marché EfA, où Länder et collectivités locales peuvent réutiliser des prestations administratives numériques, à la Cloud administrative allemande et à un écosystème commun d’intelligence artificielle. La Bundesdruckerei garantit, via son infrastructure d’identité électronique (eID), la sécurité de l’identité numérique – condition fondamentale pour la BundID et le principe « une fois suffit ».

Hambourg montre la voie

Hambourg domine le classement des Länder : 290 des 575 prestations OZG sont disponibles en ligne, et 52 nouveaux services ont été ajoutés rien qu’en 2024. Immatriculation de véhicules, création d’entreprise, allocation parentale – il ne s’agit pas de projets pilotes, mais de services opérationnels utilisés quotidiennement.

Le succès de Hambourg repose sur un choix stratégique clair : la ville a très tôt fait confiance à Dataport. Plutôt que de développer chaque prestation elle-même, Hambourg utilise des modules EfA standardisés, également exploitables par d’autres Länder. La Bavière est la championne parmi les Länder à superficie étendue, avec 29 nouvelles prestations lancées en 2024. Le Schleswig-Holstein tire lui aussi profit de l’infrastructure Dataport. À l’autre extrémité du classement figurent les Länder qui souhaitent développer chaque prestation en interne – et progressent donc nettement plus lentement.

« L’administration numérique n’est pas un projet informatique. C’est une mutation culturelle qui exige simultanément une volonté politique, une transformation organisationnelle et une modernisation technique. »
– Ralf Wintergerst, président de Bitkom, Administration numérique 2025

Un bilan honnête

Depuis début 2025, seulement 9 prestations supplémentaires ont été entièrement numérisées au niveau national. C’est décevant. La notoriété de la BundID stagne à 20 %. Et nombre des prestations « mises en ligne » ne proposent qu’un téléchargement PDF ou un formulaire web – pas une chaîne de processus entièrement numérique. Selon le Baromètre numérique des administrations 2025, seules 196 des 575 prestations OZG sont disponibles de façon généralisée.

Mais la direction prise est bonne. Les acteurs sont en place : Dataport standardise les modules pour le Nord, Nortal apporte l’expertise estonienne en gouvernement numérique, govdigital construit l’infrastructure fédérale cloud. La modernisation des registres est en cours. La BundID connaît une croissance exponentielle. Le cadre réglementaire du NOOTS est prêt.

L’Allemagne ne deviendra pas l’Estonie, où 99 % des prestations administratives sont numérisées. Elle n’a d’ailleurs pas besoin de le devenir : le fédéralisme allemand est plus complexe, les exigences en matière de protection des données et de cybersécurité imposées par la directive NIS2 sont plus strictes, les forces de résistance plus fortes. L’essentiel est que la voie empruntée soit désormais irréversible – et des entreprises telles que Siemens Energy et Nordex, gagnantes de la transition énergétique, prouvent que l’Allemagne sait transformer.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que la BundID ?
La BundID est le compte citoyen numérique central : une inscription unique permet de déposer toutes les demandes administratives à l’échelle fédérale. Au mois de mars 2025, la BundID comptait près de 6 millions de comptes, avec plus de 2 millions d’inscriptions mensuelles. Toutefois, seul un citoyen allemand sur cinq connaît cette offre.
Qu’est-ce que le principe « une fois suffit » ?
Le principe « une fois suffit » signifie que les citoyens ne doivent soumettre un document qu’une seule fois auprès d’une administration. Les autres administrations récupèrent ensuite électroniquement ces données dans les registres – avec l’accord explicite du demandeur. L’OZG 2.0 a inscrit ce principe dans la loi pour la première fois.
Quelles entreprises impulsent la numérisation de l’administration ?
Dataport, prestataire informatique des Länder du nord de l’Allemagne, standardise les modules de l’administration numérique. La Nortal AG apporte l’expertise estonienne en gouvernement numérique et conseille notamment la Caisse fédérale d’assurance vieillesse. govdigital coordonne, en tant que coopérative, la collaboration fédérale, tandis que la Bundesdruckerei exploite l’infrastructure eID nécessaire à l’identification numérique.
D’ici quand toutes les prestations administratives doivent-elles être numérisées ?
L’OZG 2.0 fixe un délai imparti de 2028 pour la numérisation des prestations administratives destinées aux entreprises. Aucune échéance contraignante n’a encore été définie pour les prestations destinées aux citoyens. Hambourg, avec ses 290 prestations en ligne, démontre que la mise en œuvre est possible – d’autres Länder accusent un retard sensible.

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Source de l’image : Pexels / Edmond Dantès

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